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Place d’art : Sarah Conn (STO Union)

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10 Février, 2015

Jeu de table géant inspiré de faits vécus

Sarah Conn de la compagnie STO Union procède à la création d’une pièce de théâtre intitulée Trophy, sur le concept d’un jeu de table grandeur nature. Sarah collabore avec des clients du centre Hospice Care Ottawa, de l’Ottawa Mission ainsi qu’avec d’autres aînés pour la création des divers éléments du jeu, que l’auditoire sera invité à parcourir pendant la représentation. La production complète de la compagnie STO Union sera présentée en 2016. Chacun des éléments du jeu représente un moment charnière de l’existence qu’il est donné à la plupart des gens de vivre, comme un premier amour ou un premier emploi. Sarah aide les participants à laisser libre cours à leur expression créative, éventuellement sous forme de récit, de dessin ou de vidéoclip, entre autres.

Voici en résumé l’une des rencontres de l’artiste dans le cadre de son processus de création.

Alistair est un architecte à la retraite immigré d’Écosse étant jeune. À l’occasion de notre première rencontre, nous avons discuté des défis que lui avait réservés la vie, qu’il s’agisse du quotidien difficile dans les rues malfamées de Glasgow (où il est né) ou encore de sa traversée de l’Atlantique en bateau, en 1953.

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© STO Union

 

Ce qui m’a notamment fascinée, c’est le nombre de fois qu’il a dû repartir à zéro : refaire sa vie dans un nouveau pays, changer plusieurs fois de ville et de province, prendre de multiples nouveaux départs professionnels, et ce, tout en composant avec les difficultés d’un travailleur autonome. Alistair a ainsi appris à comprendre la valeur d’un nouveau départ, mais souvent à la dure. Maintenant âgé de 85 ans, Alistair commence aujourd’hui une nouvelle phase de sa vie : il vient tout juste de quitter la maison familiale où il a longtemps habité, et qu’il avait méticuleusement rénovée lui-même. Il vit désormais dans une résidence pour personnes âgées, où il ne se sent pas encore tout à fait chez lui.

Nous avons pris le temps de bavarder un peu, et je lui ai demandé s’il souhaiterait m’aider à concevoir un jeu de table. À un moment donné, il a commencé à dessiner, et voici ce qui en est ressorti :

Il y a un plateau de jeu qui ressemble un peu à un échiquier.
Il repose sur une plateforme soutenue par des arches.
Les joueurs évoluent sous l’échiquier, et on les aperçoit alors qui passent soudainement à travers le plateau de jeu.
Ce faisant, ils commencent à jeter des billets d’un dollar un peu partout.
Et ils reçoivent une assiette de viande et pommes de terre.
Fin de l’histoire.

© STO Union

© STO Union

J’ai tout de suite aimé le caractère fantastique de son jeu, et j’ai trouvé très inspirant de constater qu’il était pratiquement envoûté juste à imaginer dans son esprit chacune des étapes. Il a dessiné avec application, et il était bien conscient du tremblement de ses mains. Il m’a d’ailleurs lancé qu’il vaudrait mieux trouver un jeune « farfelu » pour faire ces dessins-là à sa place, en disant qu’il aimerait sans doute mieux donner son avis à propos des dessins des autres que de continuer à les faire lui-même. Il a ajouté : « Personne ne s’intéresse aux dessins d’un vieil homme, ou aux idées qu’il a à raconter ». Et je lui ai répondu que c’était exactement pour ses idées et ses dessins que j’étais là.

Ce qui m’a le plus marquée à propos d’Alistair, c’est la résilience et la détermination acquises au fil des épreuves de sa vie. Il savait pertinemment que même lorsque tout s’effondre, quelqu’un passera par là pour donner un coup de pouce. Et c’est ce qui lui est toujours arrivé. Quand il n’avait plus un sou, quelqu’un se pointait inévitablement, et on parvenait à toujours à trouver une solution. Je me demande si cela est dû à sa confiance inébranlable, ou si c’est véritablement comme cela que ça devait se passer.

Au fil de nos travaux pour concevoir les différentes cases de l’échiquier, Alistair et moi allons bientôt nous pencher sur la case « Nouveau départ ». Ce sera un peu comme la fameuse case « Retournez à la case départ » de certains jeux populaires, ou peut-être comme la case « Allez en prison »… C’est Alistair qui décidera du contenu exact et de l’apparence de la case. Peu importe, elle représentera un volet de l’existence que nous avons tous à expérimenter un jour ou l’autre : repartir à zéro et faire face à un nouveau départ…

Écrit par Sarah Conn et traduit de l’anglais au français par Sylvain Gagné

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Comments (1)
  1. Pingback: Place d’art : Une première année couronnée de succès et une deuxième à venir | artsaccolade.ca

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