Art Place

Place d’art – Rachel Kalpana James

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Le 9 mars 2015

Dans le cadre de son projet place d’art, Rachel Kalpana James a offert aux clients de la Résidence Élisabeth-Bruyère l’occasion de raconter leur histoire sous forme d’un journal de bord, reflétant leur voyage personnel. Rachel a guidé les participants dans leur processus de création en leur enseignant différentes techniques de médias mixtes tel le transfert d’images, l’écriture de lettres, la carte postale et le dessin. Son projet a servi d’exercice créatif unique pour les participants afin qu’ils découvrent leur propre style artistique et qu’ils abordent des questions qui leur sont importantes.

Voici ce que Rachel avait à partager au sujet de son expérience.

Vous avez réalisé votre projet Place d’art dans les locaux de la Résidence Élisabeth-Bruyère. Parlez-nous un peu des participants avec lesquels vous avez collaboré?

J’ai travaillé avec six résidants de la Résidence Élisabeth‑Bruyère. Certains d’entre eux se déplaçaient en fauteuil roulant et d’autres étaient atteints de démence à divers degrés, ce qui signifie qu’ils pouvaient bien ne pas se souvenir de nos sessions d’une semaine à l’autre, ou ne pas comprendre tout à fait ce que nous faisions. Dans le cadre des sessions, ils avaient l’air bien attentifs, et ont manifesté un intérêt certain lorsqu’on les a invités à participer aux activités. Tous les participants affichaient une attitude positive et savaient pertinemment ce qu’ils aimaient ou non.

L’une des personnes parmi nos participants, de descendance irlandaise et néo-zélandaise, est dotée d’un grand sens de l’humour et se plaît à raconter des histoires au sujet de sa famille. Elle est bilingue et a déjà travaillé pour le compte de l’Office national du film.

Une autre fait partie des Premières Nations. Animée d’un sens artistique, elle a étudié les arts auprès de l’artiste Surt Beady. Elle possède un sens des couleurs très fin et un caractère un peu espiègle, que l’on reconnaît dans ses collages et ses peintures. Elle n’hésite pas à parler de ses intérêts et de sa famille.

L’un des résidants était originaire d’Éthiopie. Cet homme d’âge moyen a su manifester un sens cognitif surprenant lors des exercices de collage. Il se plaisait à aider les autres et répondait toujours avec beaucoup d’affection aux questions qui lui étaient posées, notamment lorsqu’il était question de sa fille.

L’une des femmes du groupe de participants a occupé plusieurs emplois au cours de sa vie, ce qui fait écho à son sens de responsabilité sociale et à son talent musical. Elle amorce les discussions, n’hésite pas à faire des compliments… et à me taquiner un peu au sujet de mes occupations artistiques.

Nous avions aussi une participante francophone dans notre groupe, et elle nous a parlé d’elle en anglais. Au fil de son récit, nous avons constaté qu’elle s’épanouissait de plus en plus. Plusieurs l’entendaient même s’exprimer pour la première fois. Elle est l’auteure d’un ouvrage sur la chiromancie et a pratiqué de nombreuses techniques artistiques.

Enfin, la dernière participante a la parole facile, et je m’en suis rendue compte dès notre première rencontre à l’occasion du lancement de presse de l’initiative Place d’art. Je l’avais incitée à se joindre à nos sessions même si elle disait ne pas avoir un grand sens artistique. Ouverte et facile d’approche, elle affiche une certaine confiance qui lui vient de son expérience au sein d’une famille militaire et de ses nombreux déménagements au Canada.

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Décrivez-nous ce projet en quelques mots?

Nous avons commencé par un collage, pour lequel j’invitais les participants à choisir des images illustrant des objets, lettres ou des couleurs afin de réaliser représentation graphique de leur nom. Nous avons parlé de leur identité en abordant la signification historique et culturelle de leurs noms. Ensuite, nous avons rajouté des récits personnels à ces notions identitaires. J’ai réalisé une vidéo des participants pendant qu’ils partageaient des souvenirs personnels ou des réflexions. Ils ont fait référence à des objets souvenirs ou à des photos que je leur avais demandé d’apporter. J’ai ensuite fait la transcription de leurs propos. Grâce à leur rétroaction, j’ai finalement révisé leurs textes selon leurs indications et procédé à la mise en pages. Enfin, nous avons parlé du caractère évocateur de chaque couleur, comme le rouge (passion, feu, colère), le jaune (joie, explosion, chaleur), le bleu (tranquillité, ciel et mer, sombre) et le vert (nature, calme, argent). Chaque résidant à choisi ses propres couleurs à l’acrylique pour peindre des formes abstraites, des lavis expressifs ou des représentations figuratives en lien avec leurs récits. Chacun a également choisi une couverture pour son livre, parmi une sélection de tissus fleuris, texturés, rayés, à carreaux ou unis. Nous avons intégré leurs photos, leurs peintures, leurs citations et le texte de leur récit afin de réaliser un journal visuel, ce qui a donné lieu à des livres personnels leur permettant d’explorer leur propre imaginaire.

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S’agissait-il de votre première expérience avec des participants ayant des troubles cognitifs ou un handicap physique? Si oui, avez-vous rencontré quelques difficultés?

Chaque résidant manifestait un degré d’aptitude et de compréhension différent, ce qui représentait un défi pour déterminer la nature des exercices en fonction de la capacité de chacun. Il a fallu communiquer clairement et bien interpréter leur rétroaction. Par exemple, le personnel m’avait prévenu que l’un d’entre eux pouvait répondre « non » pour signifier « oui », ou vice-versa. Par conséquent, il a fallu plus de temps à chaque séance pour réaliser convenablement les activités prévues. Puisque le temps était limité, j’ai dû leur confier des « devoirs », comme réunir divers documents personnels pour la création des livres. J’ai dû aussi leur demander leur rétroaction pour pouvoir réviser les récits en leur absence. Les membres du personnel de la Résidence Élisabeth‑Bruyère (Joanne et Kim) m’ont beaucoup aidée à réaliser ces sessions. Elles étaient présentes à toutes les séances, et leur soutien s’est révélé essentiel pour la communication et l’aide à fournir aux résidants.

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Vous avez eu l’occasion de leur apprendre quelques notions des arts livresques, mais avez-vous appris vous-même en collaborant avec eux?

J’ai eu la chance d’entrevoir un peu leur parcours de vie et la teneur des défis auxquels ils sont confrontés à l’heure actuelle. Par ailleurs, j’ai beaucoup apprécié leur ouverture envers ce projet, leur volonté et la confiance qu’ils m’ont manifestée, sans oublier leurs compétences et leur capacité d’apprendre. Chacun a su y mettre un peu du sien, s’engager et contribuer au projet à sa façon. Malgré tout, j’ai l’impression que nous avons à peine affleuré le sujet par rapport à ce que nous aurions pu faire si le temps ne nous avait pas été compté. Cependant, je crois sincèrement que les récits qu’ils ont partagé et l’expression visuelle qu’ils ont expérimenté ont permis d’honorer collectivement leur individualité.

 

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